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Ahidous : Un art qui défi le temps

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 Ahidous des années 50

 

Ahidous est l’une des variantes de la danse collective d’essence berbère  qu’on retrouve un peu partout au Maroc et au-delà sous différentes formes et appellations.

 

Ahidous au Maroc Central et notamment au Moyen Atlas, Ahwach dans le haut Atlas et le Sous, lhit dans le gharb, haifa, aarfa ou reggada dans le Rif et autres.

 

D’autres formes de danse collective existent sous d’autres noms,  mais toutes ces danses collectives partagent un fond artistique commun, ce qui n’exclut pas les spécificités régionales. En réalité cette danse collective revêt un caractère national indéniable et digne d’intérêt.

 

Rappelons tout de même que les études consacrées à cette danse nationale sont des plus rares, voire inexistantes. Par conséquent, cette tentative de cerner cet art gestuel prisé par toutes les populations du Maroc est une aventure devant l’absence de références écrites.

D’autre part, il est impossible d’aborder cet art dans toutes ses variantes et dans toutes les régions.

 

De ce fait , cette étude se focalisera sur Ahidous au Moyen Atlas, région que nous connaissons assez bien pour y être né, pour avoir déjà effectué plusieurs investigations qui ont porté sur les arts en général, sur  la poésie en particulier, domaine bien impliqué dans l’art d’Ahidous.

 

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 Ahidous ou la chorégraphie ritualisée :

 

 

Ahidous est le moyen d’expression corporelle et poétique collectif le plus prisé par les populations du Moyen Atlas  pour faire la fête, ou même, il n y a pas si longtemps, pour chanter les morts.

 

En fait, là où elle a été conservée, cette chorégraphie est complète car on y trouve réunis, une mise en scène gestuelle, la danse, des costumes mis pour la circonstance, des maquillages,  la poésie et le chant.

 

 C’est donc un moyen d’expression corporelle collective où se coordonnent gestes, poésie et chants, mais aussi couleurs et senteurs, le tout rythmé par alloun, flûte, ou autre instrument de musique, sous la direction d’un maestro pour les grandes danses et circonstances.

 

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Ahidous reflète la mixité en vigueur dans la société amazighe. En cercle ou demi cercle, côte à côte, serrés épaule contre épaule et hanche contre hanche, hommes et femmes oublient, le temps d’Ahidous les problèmes de la vie quotidienne et les font oublier aux nombreux spectateurs venus de partout pour participer activement au spectacle.

 

  Ahidous se déroule dans un cérémonial heureux et sacré. C’est un temps de communion où l’être humain dans sa complémentarité, goûte au bonheur d’être ensemble. On parcourt des dizaines de kilomètres pour aller assister ou participer à Ahidous qu’on peut qualifier sans hésitation de véritable chorégraphie mais aussi de véritable purgatoire.

 

 

Ahidous peut aussi revêtir la forme de deux rangs où femmes et hommes se font face et-ou- se déplacent constamment dans une joute gestuelle remarquable comme c’est le cas chez Ait Bougmmaz ou Imgoun. 

 

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Ahidous une tradition artistique millénaire :

 

Ahidous est une danse collective qu’on peut qualifier de  danse ritualisée, car les règles qui y président ont été forgées le long des siècles et n’ont que très peu changées, ce qui n’exclut pas de légères innovations.  

 

C' est le cas avec Moha Oulhoussain Achibzane, dit Al Maestro.

En effet, certains gestes comme ceux de la main ou encore ceux de se mouvoir en cercles sont une pure création du maestro.

 

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                     Le Maestro Moha Oulhoussain Achibzane, chef d’orchestre de la célèbre  troupe des Ichqqirn 

 

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Les types d’Ahidous :

 

 

 

Il existe plusieurs types d’Ahidous suivant les régions et même les tribus.

 

Ahidous connaît au moins deux rythmes dominants selon l’objectif  recherché :

 

le rythme dit « amazay » (lent)  et le rythme  dit « afessas » ou « amserreh » (rapide).

 

Dans le rythme lent, l’objectif principal d’Ahidous est la poésie qui, le plus souvent, est instantanée car improvisée dans un duel poétique entre deux ou plusieurs poètes à la fois.

Dans ce cas, la priorité est à la poésie, et tout le monde est avide des vers que se lancent les adversaires dans un silence total qui n’est rompu par les allun et les youyous des femmes qu’à la fin des deux vers de règle lancé par « bou izli » celui qui lance le vers.

 

Le rythme des allun est  alors lent, saccadé. Pendant ce temps, le ou les poète(s) interpellé(s) préparent leur réplique.

 

La joute oratoire  peut durer ainsi des heures, voire des jours où tous les thèmes peuvent être abordés :

 

les problèmes d’actualité, les problèmes de cœur et leurs secrets, les questions philosophiques et religieuses…Le tout abordé en toute liberté et souvent avec humour et dérision.

 

 

Ahidous lent commence le plus souvent par une tamawayte(1). C’est en général une femme qui ouvre ainsi le bal et qui peut donner une première orientation au contenu poétique par le thème de sa tamawayte.

 

 

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Ahidous rapide des Imgoun

 

Le rythme rapide intervient le plus souvent après que les participants aient été rassasiés de poésie, donc à la fin du rythme lent.

Commence alors ce qu’on appelle « afessas » ou « amserreh » dont l’objectif est la danse rapide et même frénétique qui permet d’évacuer le stress et même la fatigue du jour et de l’attention et la concentration requises lors du premier duel poétique.

 

Le chant est alors rare ou sert simplement de support à la danse. On se  contente de deux vers ou d’un  refrain qu’on se renvoie et qu’on répète à l’infini. Des fois on se contente de simples cris comme  «  hah » « aha », « iwa haywa » « awa eyyih » ou autre onomatopée répétée à l’infini.

 

Dans tous les cas de figure, et suivant l’ampleur d’Ahidous, un meneur de jeu se trouve toujours au milieu du cercle,  devant le demi cercle ou des rangs.

Il veille au respect des règles, donne le ton et le rythme par des gestes bien connus, indique les changements d’intensité, averti celui qui ne suit pas le rythme, etc… C’est amghar n Ahidous, le Maestro, un véritable chef d’orchestre.

 

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Les fonctions d’Ahidous :

 



Comme tout art, rituel social ou religieux, Ahidous remplit plusieurs fonctions sociales à la fois.

 

C’est, tout d’abord, un moment où chacun et chacune vient exprimer son appartenance à la communauté qui se retrouve pour resserrer ainsi les liens qui unissent ses membres.

C’est là aussi que les jeunes se remarquent et tombent amoureux l’un de l’autre.

 

D’autre part, l’entraînement physique du corps et la mixité font d’Ahidous est une véritable séance de thérapie collective qui permet à chacun des participants et des spectateurs, d’évacuer ses propres tourments, stress et fantasmes sexuels.

 

Le corps est soumis à la fois à une gymnastique rudement calculée, mais aussi à des vibrations intenses qui donnent aux danseurs une légèreté entre ciel et terre.  C’est le seul moment où on renoue avec les éléments, où on fond dans l’espace et le temps pour retrouver sa véritable identité.

 

Lorsque Ahidous est bien réussi, certaines personnes n’en sortent qu’effondrées, incapables de tenir debout après des heures et des heures de danse. Enfin Ahidous a une fonction artistique : c’est un lieu de création ou poètes et danseurs doués, se font une réputation devant un public ravi, où la critique est instantanée.

 

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L’évolution d’Ahidous :

 

 

 

Comme tout art, Ahidous a subi et subit encore les effets de l’acculturation et de l’aliénation.

Né dans une culture et une civilisation matrilinéaire, Ahidous, jusqu’à une époque très récente, ne pouvait en aucun cas se concevoir sans la présence des femmes qui y jouaient un rôle central.

 

 Depuis quelque temps déjà, on voit de plus en plus de troupes d’Ahidous avec peu de femmes ou même sans aucune  femme, preuve qu’une séparation des sexes est à l’oeuvre dans la société.

 

Etant donnée la situation défavorable que connaît la culture berbère  depuis des décennies, Ahidous connaît une évolution dont l’avenir est incertain.

 

Aujourd'hui, ahidous s'est dégradé et a perdu ses caractéristiques anciennes sous plusieurs influences dont une mauvaise compréhension de l’islam qui satanise les arts berbères, tels que le tatouage, la danse, le chant etc.

 

Ahidous devient de plus en plus masculin alors que l’une de ses raisons d’être est justement le plaisir et le désir que procure la mixité en tant que représentation du couple homme-femme, couple symbolisant l’amour et garant de la continuité de la vie humaine.

 

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D’autre part, de spontané, ahidous est devenu programmé, plutôt commercial. Le côté artistique et social perd de plus en plus de sa valeur et de son rôle au profit d’un professionnalisme plutôt marchand.

 

Malgré ce constat, et grâce aux associations berbères , Ahidous connaît un regain d’intérêt avec le respect des règles anciennes de cet art, mieux conservées ici plus qu'ailleurs : la présence des poètes, mais  aussi et  surtout la présence des femmes se maintient vaille que vaille.

 

Sur le plan social et artistique, ahidous d'autrefois et même aujourd’hui demeure la distraction collective favorite des populations.

Il n y a pas de fête sans Ahidous, malgré la diversification des formes de distractions modernes.

 

Presque toutes les cérémonies et fêtes  –même en ville et dans les salles spécialisées - se terminent par ahidous qui se construit de manière spontanée.

 

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Conclusion :

 

 

 

Ahidous-et ses variantes- constitue la seule danse nationale du Maroc. Il exprime une vision collective et mixte de la société, un art de vivre ensemble spécifique qui reflète l'identité marocaine.

Sa préservation est une nécessité nationale et une responsabilité de tous les marocains.

 

Pour le préserver, l'Etat, les collectivités locales, les régions et la société civile doivent chacun dans son domaine, concourir à la préservation de cet art.

Mais aussi à sa revalorisation et sa conservation à travers la création d’écoles et conservatoires, où les jeunes puissent apprendre les règles de cet art.

 

L'ahidous nous vient de très loin et peut constituer un levier parmi tant d’autre à un développement touristique culturel et durable.

 

 

 

Etudié scientifiquement, cet art peut inspirer de jeunes artistes pour créer de nouvelles chorégraphies modernes à partir de la tradition, tout en respectant cette dernière. 

 

 

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(1) En langue berbère, Tamawayt veut dire littéralement « l’accompagnatrice ».

 

De prime abord, on remarque donc qu’elle est féminine. Tamawayat  dit Jean Mazel, est le « Timbre sonore » du Moyen Atlas ».

En effet, tamawayat n’existe pas en dehors de cette région. 

 

De manière générale, tamawayat est affaire de femme, ce qui n’exclut nullement qu’elle soit aussi affaire d’homme.

Cependant, d’un point de vue anthropologique, on ne peut dissocier tamawayt de la société berbère  où la femme était reine avant l’influence des valeurs inhérentes à la culture arabe, misogyne et masculine.

 

Est-ce pour cela que Tamawayat toujours  lancée par une femme, ouvre les rencontres festives : ahidous, tafrawt (fantazia), mariages, circoncisions, célébrations des victoires en tant de guerre, etc ...

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Ali Khadaoui.

 

Découvrir son attachement viscéral à ses racines berbères.

 

 

 



02/02/2016
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